Former les aidants :comment faire ? 

Juin 29, 2023 | Les Assembleurs

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Face à la place croissante du numérique, un immense besoin de formation voit le jour du côté des aidants professionnels, ces acteurs au contact des publics qui voient leur métier radicalement transformé.

Après plusieurs mois de pratique sur ce sujet qui nous intéresse beaucoup chez les Assembleurs, une question surgit : la formation “au numérique” des aidants est-elle une réponse suffisante ? La solution est-elle réellement uniquement de la formation, ou est-ce autre chose ? On en discute avec Jules Deregnaucourt, responsable formation chez les Assembleurs

Jules, quels premiers constats tires-tu de ces quelques mois à travailler sur la montée en compétences des aidants ? 

Ce que l’on constate, c’est que malgré notre effort pour rendre nos formations le plus participatives possible, en amenant régulièrement des cas concrets et des outils aux aidants pour leur permettre de passer à l’action, il est parfois difficile en quelques jours de formation au “numérique” (au sens large), d’ancrer des nouvelles pratiques professionnelles dans le quotidien des aidants. 

Qui plus est, notre vision en tant que hub n’est surement pas de vouloir transformer les aidants (déjà bien occupés par leurs missions) en médiateurs numériques mais plutôt de les inviter à s’appuyer sur l’écosystème local des acteurs qui les entourent pour construire des solutions et des parcours collectifs pour leurs usagers. Nous avons fait des formations qui se sont très bien passées, durant lesquelles tout le monde a passé une super journée. Pourtant, lorsque l’on rappelle les personnes 6 mois plus tard, on se rend compte qu’elles sont passées à autre chose, que la formation n’a pas vraiment été suivie d’action, et qu’il n’en reste pas grand chose finalement. 

Que proposons-nous aujourd’hui pour répondre à cette problématique ?

On peut dire qu’il y a trois grandes étapes pour qu’une formation soit suivie d’actions : 

  • “#1 Montée en compétence numérique et acculturation à l’inclusion numérique ” : expliciter les enjeux, mettre des mots sur des situations rencontrées par les aidants pour réussir en quelque sorte à  “faire naître l’indignation”¹ sur le sujet de l’inclusion numérique. Si on n’arrive pas à faire en sorte que les gens soient un petit peu indignés d’une situation, rien ne les oblige à bouger. C’est d’autant plus vrai pour les aidants qui, bien souvent, sont déjà très occupés au quotidien et ne sont pas forcément en recherche de nouveaux sujets à porter sur leurs épaules !
  • #2 Travail en réseau et écosystème[s] d’inclusion numérique.  Objectif : faire en sorte que les acteurs locaux se connaissent mieux, se comprennent mieux afin de créer la confiance nécessaire à l’étape suivante ☺️
  • #3 Initiation de projets collectifs locaux : faire comprendre aux gens que certes, ils ont des attentes auprès d’acteurs externes type État, Région, Hub, Département, Intercommunalité, etc. mais qu’ils peuvent aussi agir en se regroupant : “vous avez des idées et des ressources qui peuvent être mobilisées localement, allons-y !” 

Notre approche, c’est donc de partir du rapprochement d’acteurs locaux pour créer de l’interconnaissance, de l’échange, du partage de bonnes pratiques : une fois qu’ils se connaissent, qu’ils sont dans la dynamique, ils sont alors prêts à s’outiller, à apprendre des choses sur la posture à adopter etc. Mais tout cela prend du temps. 

C’est ce que l’on essaye de faire par exemple dans notre accompagnement des acteurs de l’inclusion numérique sur la Porte du Hainaut : un cycle de rencontres avec des temps d’échange, des temps d’inspiration avec de la découverte de lieux et de pratiques, et des temps plus axés sur le passage à l’action. 

Et dans ce cadre, finalement, qu’est-ce que cela veut dire “finir une formation” ? 

Finir une formation, c’est se dire que les personnes formées sont capables de voler de leurs propres ailes. Cependant, on parle de moins en moins de formation pour décrire nos actions sur ce sujet. Nous sommes plutôt sur des ateliers qui répondent à des besoins, à savoir l’acculturation, l’état des lieux de l’existant et l’initiation de projets. On met les gens dans une pièce, et l’objectif est qu’ils repartent et aient envie de se revoir.

Nous apportons des connaissances : est-ce de la sensibilisation, de la culture professionnelle, de l’accompagnement ? Cela reste à définir mais nous appelons de moins en moins cela de la formation. 

Se pose aussi la question de la mesure d’impact : comment évaluer la qualité de ce qui s’est passé ? Par le nombre de projets initiés ? Par les échanges qui se développent après les rencontres ? C’est aussi une question essentielle qui va nous occuper dans les prochains mois. 

¹ Inspirée d’une expression de Pierre Pezziardi qui parle « d’aller chercher les indignés »

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Hub numérique inclusif des Hauts-de-France

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